Catéchèse du 22 mai 2016 : Prier avec Jésus

De même qu’un enfant apprend à parler parce qu’on lui parle, ainsi apprenons-nous à prier, en parlant à Dieu comme à un Père et à Jésus comme à un frère

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Catéchèse du Père Jean-Baptiste Lagüe pour le dernier dimanche de catéchèse avec tous de l'année 2015/2016 à Bruges-Le Bouscat, où chacun a pu vivre une expérience de prière sous des formes diverses selon les ateliers choisis : prier à l’autel de l’oratoire, prier en préparant les fleurs pour la messe, prier avec le cantique des créatures, prier avec la croix, en la colorisant ou en se l’appropriant par la gestuelle.

Préambule

 

De même qu’il est plus décisif d’être aimé et d’aimer que de parler d’amour, il est plus vital de prier pour découvrir la prière que d’en parler.

C’est ce que nous avons vécu ce matin : plongés ensemble, parents et enfants, dans le bain de la prière !

 

La prière est multiple

La prière a autant de formes que la vie offre d’émotions, de sentiments, d’expériences à vivre et de situations à traverser.

 

Elle est communautaire. Quand on dit : Notre Père c’est bien à la première personnelle du pluriel que l’on parle à Dieu. C’est le « nous » des chrétiens qui s’exprime là. Et ce « nous » renvoie au « nous » de tous les hommes pour qui Dieu est Père.

 Elle est aussi personnelle car la foi chrétienne est d’abord une rencontre. Par Jésus nous rencontrons Dieu : Tu es mon Seigneur et mon Dieu dit Thomas reconnaissant Jésus ressuscité. C’est un « Je » qui s’adresse à un « tu » !

 

La prière c’est une louange et une action de grâce. Merci c’est le cri de la reconnaissance et de la joie pour le don reçu.

La prière c’est aussi l’expression d’une demande, d’une intercession pour soi ou pour d’autres. Seigneur, prends pitié de nous, puissions-nous vivre heureux jusqu’à notre vieillesse. C’est la prière de Tobie et Sarah au soir de leur mariage (Tob 8,10)

La demande et l’intercession montrent que nous ne nous suffisons pas à nous-même, que nous sommes des êtres manquants et que nous n’existons pas les uns sans les autres. Vivre c’est recevoir des autres et de Dieu … Ce n’est pas s’inventer tout seul.

La prière c’est un cri de révolte ou de désespoir. Mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? dit Jésus à la veille de mourir.

C’est une déclaration d’amour- Seigneur tu sais tout, tu sais que je t’aime dit Pierre à Jésus qui l’interroge : M’aimes-tu ? (Jn 21)

La prière c’est aussi l’expression d’une quête : Comme un cerf altéré cherche l’eau vivre ainsi mon âme te cherche toi, mon Dieu. (Ps 41,2)

C’est l’expression et l’accueil d’un pardon : Pardonne-nous comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé. (Lc 11,4)

C’est une ouverture sur le désir de Dieu, un décentrement de soi. Que ta volonté soit faite, que ton Règne vienne disons-nous dans le Notre Père.

Par la prière- qu’elle qu’en soit la forme- j’atteste que ma vie n’est pas un lieu vide, une errance sans but. Elle n’est pas un accident du hasard. Elle est ouverte sur un Autre, elle est un dialogue de paroles et d’actes qui exprime notre réponse d’amour à l’amour premier de Dieu qui nous appelle à la vie par les autres, et à aimer comme son Fils.

 

Jésus est le maître de la prière

Voyant Jésus prier, ses disciples lui disent : Seigneur apprends-nous à prier(Lc 11, 1-2).

La parole de Jésus sur la prière est crédible parce qu’elle est ancrée dans son expérience de la prière.

La prière de Jésus est un témoignage. Elle manifeste que sa relation à Dieu comme Père c’est la source, l’élan et le but de sa vie et de son action.

 

Lors de son baptême, tandis que Jésus priait, nous dit Luc, le ciel s’ouvrit, l’Esprit Saint descendit sur lui et une voix vint du ciel : Tu es mon Fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. Lc 3, 21-22)

En se découvrant Fils de Dieu, habité par l’Esprit du Père, Jésus découvre un sens universel de la fraternité. Qui sont ma mère et mes frères interroge Jésus : et parcourant du regard ceux qui étaient assis en cercle autour de lui, il dit : voici ma mère et mes frères. Quiconque fait la volonté de Dieu voilà mon frère, ma sœur, ma mère. (Mc 3, 31-34)

En se découvrant aimé par le Père, Jésus découvre l’amour total, l’amour-des- autres-jusqu’au- bout. Au moment du dernier repas nous dit Jean l’évangéliste, Jésus ayant aimé les siens qui étaient dans le monde les aima jusqu’au bout. (Jn 13, 1) Et dans les propos de Jésus après le geste du serviteur qui lave les pieds de ses disciples, il dira : Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés, demeurez dans mon amour.(Jn 15,9)

En découvrant qu’il est envoyé par Dieu, Jésus découvre dans la prière un élan pour sa mission. La prière précède les choix qu’il fait.

Jésus s’en alla dans la montagne pour prier, il passa la nuit à prier Dieu. Puis le jour venu il appela ses disciples et il en choisit douze auxquels il donna le nom d’apôtres. (Lc 6,12-13)

Dans la prière à Dieu Jésus  exprime un sens de l’espérance qui l’engage à aimer jusqu’au bout : Père pardonne-leur ils ne savent pas ce qu’ils font. Et à s’en remettre à Dieu en s’abandonnant à Lui dans la confiance : Père en tes mains je remets ma vie.

 

La communauté précède la personne

De même qu’un enfant apprend à parler parce qu’on lui parle, ainsi apprenons-nous à prier, en parlant à Dieu comme à un Père et à Jésus comme à un frère.

La prière en famille nous initie à la foi. Nous y apprenons à reconnaître qu’il y a papa et maman, mes frères et mes sœurs. Et puis il y a aussi Jésus vivant. Il est le visage humain de Dieu, le visage divin de l’homme. Sa vie est une bonne nouvelle qui peut faire aussi, de la nôtre, une vraie bonne nouvelle!

Si dans nos familles nous ne parlons jamais à Dieu ou à Jésus, comment expérimenter qu’il existe pour nous comme un interlocuteur stimulant?

Ce n’est pas un hasard si, aujourd’hui, la catéchèse devient familiale et dominicale. L’assemblée dominicale offre l’opportunité d’un bain ecclésial à ceux qui désirent expérimenter la foi en Jésus. Et quel meilleur lieu d’expérience de la foi en Jésus, que l’assemblée dominicale ?

 

La prière communautaire, ecclésiale, comme la prière familiale nous précèdent. C’est en elles que la foi est un don reçu.

Il y a une expression traditionnelle qui dit : lex orandi, l’ex credendi.

La loi de la prière c’est la loi de la foi. Dis-moi comment tu pries et je te dirai en qui, en quoi et comment tu crois.

La liturgie, et particulièrement celle de l’eucharistie dominicale, met la foi en acte et en récit. Elle nous en révèle le contenu, non en l’expliquant mais en nous le faisant vivre à travers son rythme, ses étapes, ses gestes, ses paroles, sa prière. L’eucharistie nous fait chrétiens.  Elle nous fait entrer dans l’expérience et l’expression de la foi des chrétiens !

 

La prière comme louange et action de grâce

La forme la plus significative de la prière c’est la louange, la bénédiction et l’action de grâce.

La bible c’est le livre des bénédictions. Le croyant bénit Dieu, et Dieu bénit les hommes parce qu’il leur veut du bien.

Tu es béni Seigneur toi qui nous donnes la vie, toi qui nous donnes ce pain…

Après avoir créé l’homme et la femme, à son image, la bible nous dit : Dieu les bénit et leur dit : Soyez féconds multipliez-vous, emplissez-la terre et soyez-en responsables (Gn 1,27)

Et lorsque le Seigneur Dieu appelle Abraham il lui dit : Pars de ton pays et va vers le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai et tu deviendras une bénédiction pour les autres.(Gn 12, 1-3)

Et lorsque Jésus entre à Jérusalem avant sa passion, la foule des petits l’acclame en disant : Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur (Jn 12,13)

La différence entre bénédiction et action de grâce. C’est que la bénédiction (en hébreu beraka) est un cri spontané ou solennel qui jaillit du coeur de l’homme pour Dieu et du coeur de Dieu pour l’homme, en toute occasion sans autre contenu que la reconnaissance et la joie.

L’action de grâce est aussi une louange, une reconnaissance mais elle développe un contenu qui exprime la foi. D’un mot hébreu tôdah dont la racine veut dire proclamer, confesser

 

Par exemple, la préface qui ouvre la prière eucharistique. C’est une action de grâce qui est, en même temps, une confession de foi. Le prêtre la proclame au nom de tous, et l’assemblée la ratifie par le chant du sanctus.

Exemple :

Vraiment, Père, il est juste et bon de te rendre grâce car tu nous as donné ton Fils Jésus le Christ, notre Seigneur et notre frère. Il a manifesté son amour pour les petits et les pauvres, sa parole et ses actes ont annoncé au monde que tu es vraiment un Père et que tu prends soin de tous tes enfants, c’est pour pourquoi nous te louons, nous te bénissons, nous te rendons gloire en chantant : Hosanna au plus haut des cieux, béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !

 

Eucharistie veut dire « merci » en grec. Dans cette action de grâce notre foi s’exprime et notre sens de la vie s’éclaire.

Aujourd’hui nous ne savons pas dire « merci ». Nous ne savons plus reconnaître ce que nous recevons de Dieu et des autres et d’abord la vie elle-même.

Nous sommes dans la revendication, la plainte ou la frustration, presque jamais dans la reconnaissance. Nous voulons être à nous-même notre origine et notre fin, comme si être libre c’était naître de rien, alors que c’est accepter de naître des autres et s’inscrire dans des limites qui sont autant de possibilités hors desquelles nous n’existerions pas !

Participer à l’eucharistie nous rééduque au sens de la vie comme don reçu et à partager en retour gratuitement avec les autres.

L’eucharistie nous rééduque au sens des autres et à l’amour. Les autres sont un don hors duquel nous ne pourrions pas vivre. (Même s’ils ne sont pas toujours un cadeau !).

S’aimer soi-même en vérité est légitime mais impensable sans aimer les autres pour eux-mêmes et pas seulement pour le besoin que nous en avons.

Notre société a perdu sa joie de vivre parce qu’elle a perdu le sens du don, de la gratuité et de la reconnaissance. Réapprendre à dire merci, à se montrer reconnaissant c’est retrouver le chemin d’une approche plus juste et plus heureuse de la vie, de la Création et des autres.

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