Homélie du mercredi 10 février 2016 - Cendres

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Evangile de Matthieu 6, 1-18

Homélie du mercredi 10 février 2016            Cendres - Année C             Matthieu 6, 1-18

 

L’évangile qui ouvre ce temps de carême prend en compte notre désir de vivre comme des justes, c’est à dire comme des disciples ajustés à la

parole et au témoignage de leur maître. Pour cela, Jésus nous propose d’emprunter les chemins de l’aumône, de la prière et du jeûne, pour s’y

exercer au décentrement de soi.

Comment ?  En s’ouvrant aux besoins des autres, en écoutant la parole du Père qui entre en conversation avec nous par Jésus Christ, et en

étant attentif à notre propre corps  pour lui permettre, par l’expérience du jeûne, de se libérer des addictions de toute sorte auxquelles nous

cédons par facilité ou  par peur du manque !

Dans cet évangile, ce qui est profondément en question c’est la foi. Car si nous sommes tellement tentés de nous faire remarquer c’est en

partie parce que nous ne croyons pas à la présence de Dieu et à sa reconnaissance paternelle. Ton Père qui est présent au plus secret ; ton

Père qui voit au plus secret te le rendra.

La foi qui nous manque c’est peut être celle que le pape François nous invite à redécouvrir en cette année de la miséricorde. Dieu est amour.

C’est l’appel que le prophète Joël nous lance : Revenez au Seigneur votre Dieu car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein

d’amour. Matthieu lui, nous dit qu’il est notre Père qui est aux cieux mais sa Gloire ne l’éloigne pas de nous, elle s’exprime dans sa libre

présence à tous et à chacun, dans le secret.

Puisque personne ne peut se l’approprier, il peut être présent à tous  là où chacun a besoin de recevoir sa vie du regard bienveillant d’un autre

! La miséricorde du Père s’exprime dans cette présence secrète, bienveillante  et reconnaissante pour chacun.

L’amour de Dieu pour nous est un amour viscéral, le Père est saisi aux entrailles comme une mère, au point qu’il ne peut se faire une raison du

sort de ses enfants.

A Moïse il fait découvrir son coeur brûlant d’amour pour son peuple, dans ce buisson d’où sa parole s’échappe  comme une souffrance qui le

consume, et une promesse qui l’engage :

J’ai vu la misère de mon peuple ; j’ai entendu ses cris , je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer ;Va, je t’envoie, tu feras

sortir mon peuple Israël. Dieu est amour  et cet amour est miséricordieux car le coeur de Dieu est affecté par la misère de son peuple.

La Parole d’amour du Père, pour nous, s’est faite chair. En Jésus, le Seigneur défie le mal et la mort. Il affronte la violence et l’injustice des

puissants, il dénonce l’hypocrisie d’un culte qui prétend servir Dieu et aliène les frères, il combat l’exclusion des malades et guérit la blessure du

péché. Il ira nous chercher jusque dans la mort, pour nous en relever car son amour ne peut se résoudre à notre perte.

Tel est le visage de la miséricorde du Père que Jésus, après Moïse et les prophètes, a incarné jusqu’au don de sa vie et jusqu’au pardon.

Ce carême c’est le moment favorable pour redécouvrir le visage miséricordieux du Père qui s’exprime dans l’amour total du Fils et dans le don

de l’Esprit Saint qu’il nous communique pour en vivre à sa suite.

Le partage, la prière et le jeûne sont les chemins que nous pouvons emprunter pour redécouvrir que nous n’existons que par les relations qui

nous font vivre : les autres, le Seigneur et notre corps par lequel nous pouvons déployer notre capacité d’amour de Dieu et du prochain comme

de soi.

Car l’appel de l’évangile c’est bien celui là : soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux ! Et la miséricorde n’est pas un

sentiment aérien, c’est une douleur qui nous tient aux entrailles et qui nous pousse à agir !

Trop longtemps notre Eglise a incarné le visage d’un Dieu autoritaire, défenseur d’un ordre moral Elle a incarné le visage d’un Dieu qui juge,

dénonce et punit les comportements déviants. Mais était-ce le vrai visage de Dieu ou le masque que nous lui avons mis pour légitimer et

asseoir un certain ordre social ?

L’année de la miséricorde est une initiative pontificale subversive qui nous invite à passer de la Loi à la grâce, de la morale à la foi, de la norme

à l’amour, du rejet au pardon qui réintègre et relève !

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