Homélie du dimanche 1er novembre 2015 - Toussaint

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Evangile de Matthieu 5, 1-12 a

Homélie du dimanche 1er novembre 2015             Toussaint  B      Matthieu 5, 1-12 a

 

Puisque dans quelques semaines nous allons entrer dans l’année de la miséricorde, j’ai eu envie de m’arrêter un peu sur cette béatitude :

Heureux les miséricordieux, ils obtiendront miséricorde. Cette béatitude de la miséricorde, elle est me semble-t-il, au coeur des débats

d’aujourd’hui dans la réflexion de l’Eglise sur sa mission. Le synode romain qui s’achève en souligne l’actualité à travers la recherche engagée

sur la mission et la vocation de la famille dans le monde et dans l’Eglise aujourd’hui.

La diversité d’enracinement culturel et pastoral des Pères du synode venus des cinq continents fut, à la fois, une difficulté et probablement

aussi une chance car comme parler de la mission de la famille aujourd’hui, sans évoquer les cultures et les situations concrètes dans lesquelles

elle s’incarne ?

Le coeur du débat pour l’Eglise c’est donc : comment articuler : vérité et réalité, exigence et miséricorde, particulier et universel ?

La famille n’existe hors sol ! Elle est toujours vécue, ici et là bas par des personnes, dans des situations concrètes extrêmement différentes les

unes des autres. Mais ce que l’on dit de la famille on peut le dire de toute dimension importante de l’existence humaine. Comment parler par

exemple d’une manière juste du mystère de l’amour humain ? Comme la famille, l’amour n’existe pas hors sol. C’est toujours une relation de

personne à personne. Des personnes situées culturellement, socialement, psychologiquement.

Comment articuler vérité et réalité ? Exigence et miséricorde ? Fidélité et pardon ? Salut divin et transformation du monde ?

Un débat stérile consisterait à opposer les positions des uns et des autres. Par exemple les miséricordieux d’un côté, les intransigeants de

l’autre.

Certains regardant les miséricordieux comme des faibles ou des laxistes, des gens qui renoncent à la vérité pour céder à ceux qui traversent

l’épreuve d’un échec.

Et ceux qui privilégient le rappel de la vérité et l’exigence de la fidélité, seront considérés comme des dogmatiques sans coeur et des

intolérants.

Pour situer de manière juste l’enjeu de ce débat il faut revenir à Jésus lui-même. Impossible, en effet, d’entendre, de proclamer et d’accueillir

les béatitudes et singulièrement celle de la miséricorde, sans qu’elles fassent écho aux rencontres de Jésus dans l’évangile.

Pensez-vous, par exemple, que lorsque Jésus renvoie la femme adultère (Jn 8,1-11) avec cette recommandation : va et désormais ne pèche

plus. Pensez-vous que Jésus renonce à l’exigence de la fidélité et à la vérité de l’amour ? Bien sûr que non, mais il refuse d’enfermer cette

femme dans sa faute et dans le jugement des hommes qui se servent d’elle pour mieux se dédouaner : Que celui d’entre vous qui n’a jamais

péché soit le premier à lui jeter la pierre.

Que fait Jésus ? Il reste silencieux. D’un silence qui renvoie chacun à la vérité de sa conscience. Et il s’abaisse, dessinant sur le sol… Pas de

regard hautain ou condescendant qui juge ou qui méprise ; pas de leçon de morale culpabilisante ou mièvre mais un silence et un abaissement

qui disent comment Jésus nous aime et  jusqu’où Il nous rejoint, jusqu’au fond de nos défaillances et de notre péché, non pour nous y enfermer

ni d’ailleurs pour nous dédouaner, mais simplement pour nous relever et nous donner un avenir. Le pardon est un envoi, il n’est ni une caution

au pécheur, ni une banalisation de la faute, il est le don d’un amour qui tient plus à nous qu’à la réalité de la transgression au point de nous

donner, toujours, une nouvelle chance.

L’évangile nous apprend que la vérité est dans l’amour et l’amour de Jésus est toujours vécu dans la vérité.

Cette vérité de l’amour, en effet, elle n’existe pas hors sol. Le Verbe s’est fait chair. Elle est toujours située, vécue quelque part et par quelqu’un

et ce vécu est  un élément nécessaire de la vérité. Voilà pourquoi Jésus n’oppose jamais la vérité et l’amour. En Lui amour et vérité se

rencontrent comme le dit le psalmiste, justice et paix s’embrassent (Ps 84 ,11).

La vérité qui s’exprime dans l’amour de Jésus pour nous n’est jamais une vérité qui écrase ou qui moralise. Pas plus que l’amour de Jésus, qui

s’exprime en vérité, n’est un amour au rabais ou qui fait des concessions à notre faiblesse. C’est un amour qui espère en nous, un amour qui

nous fait grandir et qui nous envoie au risque de notre liberté.

N’ayons pas peur de nous laisser aimer ainsi, et d’aimer ainsi les autres, en retour. La miséricorde relève ce défi et donne à ceux qui s’y

ouvrent de goûter la joie du Royaume et de participer, avec bonheur, la sainteté du Christ.

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